Un édito du Fig Mag

Bertrand Delanoë, il est vrai, professe aussi un libéralisme plus « libertaire » qui le conduit notamment à soutenir le mariage homosexuel, l’homoparentalité ou le droit de vote des étrangers. Cette profession de foi réjouira les doctrinaires du « laisser-faire, laisser-passer » qui, à l’instar d’un Alain Madelin naguère, considèrent que le libéralisme est un bloc dans lequel on ne saurait faire le tri.

Alexis Brézet, éditorial du Figaro Magazine, 31 mai 2008

Deux choses à noter dans ce passage.
- L’erreur classique et assez fatigante d’employer « laisser-faire, laisser-passer » à l’infinitif, à la place de « laissez-faire, laissez passer ».
Pour un directeur de la rédaction d’un des premiers hebdomadaires nationaux, censément de droite, ça la fout un peu mal.

- Sur le fond: Si l’on entend du “laissez-faire” par une attitude neutre du pouvoir politique en matière de droits, alors je doute fortement que cela définisse la volonté de Bertrand Delanoë. Car, dans son objectif de constitution d’une société “libertaire”, le rôle de sa municipalité est tout sauf neutre: subvention d’associations, organisation d’évènements et de fêtes… J’en passe et des meilleurs.

Retour sur Géraldine

Grande surprise hier dans Politiquement Show (LCI), Géraldine Muhlmann a cité Hayek. Non, vous ne rêvez pas. Suite à l’immense débat sur le pseudo-libéralisme de Delanoë qui secoue actuellement le PS, elle a regretté l’absence de profondeur des discussions. Avachi dans le fauteuil, un pied collé sur le rebord de la cheminée, sirotant mon Ice Tea Mangue, je l’ai écoutée dire que les socialistes devraient réfléchir au concept de constructivisme, et à un moyen de mettre en place la justice sociale en prenant en compte les critiques libérales de l’État. Que c’était beau. J’aimerais revivre ce moment mille fois. Tellement abasourdi, j’ai même cru qu’il s’était arrêté de pleuvoir l’espace de cinq minutes.

OPA sur le libéralisme

J’avais déjà remarqué une certaine tendance chez les socialistes modérés à vouloir concilier socialisme et libéralisme.
Bertrand Delanoë a récemment remis le couvert dans son nouveau livre.
Il y pointe d’ailleurs, à juste titre, les travers bonapartistes de notre président, qui n’a selon lui, rien de libéral. Enfin, peu importe.

Revendiquant l’importance de l’impôt et la place de l’État, il nuance : «Ce qui est inacceptable pour un progressiste, c’est de hisser le libéralisme au rang de fondement économique et même sociétal avec ses corollaires, désengagement de l’État et laisser-faire économique.»

Le maire de Paris dans la droite ligne blairiste. Utilisation du “libéralisme” pour séduire bobos et jeunes actifs. Il n’a pas tort, quand je vois le nombre de gars sur facebook se déclarant libéraux et passant néanmoins leurs journées au foyer social municipal. Le libéralisme est devenu tristement branché et tendance. Ils n’en retiennent que le côté libertaire, fumette et compagnie.
Ensuite, Delanoë a bien compris que seul un marché concurrentiel pouvait faire subsister une société étatisée telle qu’il la souhaite sans s’en cacher. Dans une vision purement utilitariste, il accepte juste ce qu’il faut de liberté – surtout sur le marché du travail – pour pouvoir financer ses folies dirigistes, un assistanat de masse, une déresponsabilisation généralisée. Comme nous le constatons en Grande Bretagne, cela donne une société économiquement dynamique mais socialement à la ramasse, culturellemment appauvrie, dépendante donc de politiciens tels que Bertrand Delanoë et sa clique d’esclavagistes.

Il se pourrait que quelques libéraux centristes se réjouissent de cette sortie, qui signifierait selon eux la fin de l’ostracisme du “libéralisme”. Pourtant, ces socialistes, en fin stratèges, ne font que se réapproprier ce mot à fin électoraliste, et, surtout, ils en dénaturent complètement le concept.
Je ne vois vraiment pas en quoi il faudrait s’en féliciter.

Rajout: Vincent Benard explique très bien dans un long article cet esclavagisme masqué:

La liberté selon Delanoë sert donc à créer des richesses pour que l’état puisse les prendre ! Le “libéralisme” de M. Delanoë est donc avant tout un utilitarisme : le libéralisme économique n’est dans cette perspective utile que parce qu’il permet à l’état de se servir une part dans un gâteau plus gros…

Il précise aussi dans l’article la différence entre laisser-faire et laissez-faire, que j’ai aussi évoqué dans le billet suivant.

Le pays le plus libéral

Patchwork de liberté

Au final, notre patchwork de pays le plus ralistement libéral sur Terre serait un genre de Hong Kong nordique doté d’une common law à l’anglo-saxonne avec un système judiciaire à base de juges locaux élus gérant des juridictions indépendantes, sans douane ni réglementation de l’emploi, utilisant le Yen, et doté de banques australiennes et suisses…

Très intéressante synthèse des pays les plus ou moins libéraux de la planète selon plusieurs critères fondamentaux pour la prospérité économique.

Libertariens

L’article de Pan d’aujourd’hui m’a fait penser à la vidéo suivante, qui traînait dans mon disque dur depuis presque deux ans.

Il s’agit du reportage sur les libertariens suisses évoqué dans l’entretien de Victoria Curzon-Price que présente Pan.
Dans l’interview le reportage est sauvagement coupé pour garder seulement le passage du stand de tir, qui fait passer les libertariens pour des fanatiques décérébrés.

Certes, le reportage entier est lui aussi loin d’être neutre, mais il est quand même un peu moins répugnant:

En France

La caractéristique principale d’une société étatisée comme la nôtre, c’est qu’elle repose sur la dichotomie caves – affranchis, mais attention, plus dure sera la chute, dans un système tant basé sur la coercition et l’arbitraire politique.

Sortie des Sophismes Economiques

Les Sophismes économiques, déjà partiellement disponibles sur bastiat.org, sont à présent disponibles en version papier, aux Editions des Belles Lettres.

Les textes publiés sont les deux séries de Sophismes du chapitre 4 des Oeuvres complètes aux Editions Guillaumin. (voir ici).