Le mariage annulé
- Élisabeth Badinter se dit «très inquiète», craignant que ce jugement fasse «courir nombre de jeunes filles musulmanes dans les hôpitaux pour se faire refaire l’hymen».
Pour certains, ce jugement ferait passer le message aux jeunes filles qu’elles sont trahies par la République (rien que ça).
Plutôt que de craindre ce genre de choses, qui impliquent une négation de la volonté des femmes, il faudrait plutôt faire en sorte que celles dont le futur mari demande pareille qualité, ou dont le mariage est forcé, puissent exprimer leur refus de telles conditions sans risque de représailles violentes. Ce qui revient à demander à la République de protéger des agressions les citoyens.
Cette tâche essentielle et basique ne doit pas être assez progressiste pour Mme Badinter.
- Les libéraux seraient du côté des islamistes. Argument de mauvaise foi incroyable. Les libéraux sont pour la liberté de choix des critères du mariage, qu’ils soient d’origine musulmane ou scientologue. Par contre ils font cas de la liberté de consentement des acteurs et leur protection en cas d’influence extérieure non désirée (principe de non-agression).
- Certains avancent que si le motif de telle affaire avait été réac de droite (sur un critère catholique, par exemple), l’annulation n’aurait jamais été prononcée en première instance. Il y aurait donc deux poids deux mesures selon le critère d’origine du requérant.
Plutôt qu’une réaction épidermique souhaitant une interdiction, légale ou jurisprudentielle, pour tous, il faudrait inversement réclamer une liberté de choix encore plus grande.
La problématique est alors déplacée à la vision de la société sur les revendications politiquement incorrectes, quel qu’en soit leur motif.
- Le recours à des spécialistes du droit (on devrait plutôt dire, spécialistes de la loi) pour répondre à des sujets de société n’est pas forcément opportun, loin de là. Il a pour inconvénient d’éviter les jugements moraux et de s’en tenir uniquement aux textes de loi. C’est facile, cela revient à réciter son Petit livre rouge estampillé Dalloz. Mais la loi en cause ici est d’inspiration libérale et parfaitement respectable, en droit. Le mariage étant un contrat privé entre deux personnes, ses modalités sont censées libres, et non susceptibles de jugement moral. S’en tenir à des arguments juridiques semble ainsi parfaitement suffisant.