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2008

Expériences

Je pense de plus en plus souvent, c’est-à-dire au moins une fois par heure, à réaliser une expérience d’ermitage. Certes, ce n’est pas comme si je n’avais pas l’habitude de la solitude et de ne voir personne des jours et semaines durant.
Mais là j’ai envie d’aller plus loin.
Encore faut-il définir ce que serait cet état d’ermitage personnel.
La base est évidemment de ne rencontrer aucune personne réellement.
Me passer de télévision n’est vraiment pas un problème. Je la conçois à présent comme une agression réelle sur mon cerveau. Étant adolescent, je la regardais sans arrêt, elle me fascinait, et plus les émissions étaient débiles, mieux c’était. J’étais fan de Canal+ donc, et de Dechavanne (Coucou c’est nous). Sans doute, cela n’a pas été sans conséquence sur mon état cérébral actuel. En tout état de cause, tout cela me parait maintenant vraiment à des années-lumière.
Passons sur la radio, je n’ai jamais eu l’habitude de l’écouter, et ses publicités incessantes et hystériques sont autant néfastes que sa consœur télévisuelle.

Le téléphone: je hais le téléphone. Il suffira de l’éteindre, et de l’oublier dans un coin.

Non, le problème pourrait venir d’internet, naturellement. Je suis pleinement conscient que j’aurais des chances d’être recruté si une tentative de greffe corporelle d’ordinateur wifi blanc à pomme était tentée par quelque scientifique japonais, tellement je suis drogué de réseau. Passer une heure la livebox en état désynchronisé (bouton @ clignotant) me met d’humeur exécrable.
N’éanmoins, je pense sincèrement être capable de gérer l’absence d’internet, si cela résulte d’une décision consciente et ferme de ma part, et en prenant des précautions concernant ma présence virtuelle, en prévenant de connaissances, par exemple.

Autre élément: je ne sais pas si j’accepterai le livre dans mon ermitage, et si oui, selon quelle logique. Après tout, il constitue une distraction, un loisir, comme le web, et pourrait tout aussi bien, à ce titre, être banni de l’expérience.
Je crois néanmoins que je vais garder la possibilité de lire. C’est bon pour le cerveau. Et cela n’implique pas de communication avec des personnes, ni avec l’actualité. J’essaierai de
lire des choses intelligentes, pour reconstituer un semblant de pensée. Évidemment, je bannirai toute sorte de magazines, journaux ou revues.

Il reste pour finir à déterminer la période d’ermitage. Je penche pour une durée d’une semaine. D’abord, il est facile de faire des réserves de nourriture et autres pour une telle période, cela ne pose pas d’inconvénient majeur, et je peux me passer de pain frais.
Si l’expérience s’avère concluante, je ne pense pas que j’allongerai la période pour en faire petit à petit un état normal, ce qui serait stupide relativement au besoin de travailler.
Mais pourquoi pas renouveler l’expérience à fréquence régulière.

Mr. Tambourine Man

Ferry-Julliard sur LCI

Nous avons pu assister le week-end dernier sur LCI à une charge terrible à l’encontre de l’Internet de la part de deux grands intellectuels français en les personnes de Luc Ferry, ancien ministre de l’éducation nationale, et Jacques Julliard, journaliste au Nouvel Observateur.
En effet, sur l’Internet, l’information n’est pas contrôlée par une caste parisienne surpuissante, et nos deux commentateurs en paraissent fortement froissés.

Monsieur Ferry dénonce le niveau d’orthographe des contributeurs sur le web: sa fille de huit ans aurait imprimé un texte sur le tigre blanc bourré d’erreurs. Le monopole de l’éducation appartenant toujours aux gens travaillant rue de Grenelle, ce n’est pas sur Wikipédia que ce contributeur a appris à écrire, mais bien dans un des établissements de l’Education Nationale, autrefois sous la tutelle de Monsieur Ferry.
De plus, s’il peut être utile de critiquer le niveau de l’émetteur de l’information, il peut être aussi opportun de rappeler que son récepteur n’est pas exempt d’un devoir de réflexion sur ce qu’il lit et apprend. Certes, je ne demande pas cela à une élève de huit ans, ma remarque se veut plus générale.
Internet a justement l’avantage de développer l’esprit critique devant la multitude des informations et de sources disponibles. Par exemple, si je veux une information crédible et sérieuse, je n’irai pas sur Rue89 ou MediaPart.
C’est ce que le système ancien des media traditionnels, journaux papier et de télévision, en situation de cartel dans un marché fermé, non soumis à la concurrence, subventionné massivement, avait fait disparaître. C’est ce système de contrôle de l’information à priori, déresponsabilisant, que défendent les commentateurs. On les remerciera.

Une autre de leurs diatribes concerne la carence du contrôle de l’information. C’est vrai, dans le passé, il y avait seulement une dizaine de media, “pluralistes”, tous basés à Paris, les personnes en fonction clairement identifiées, donc possiblement contrôlables. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
J’attends toujours une Une du Figaro, du Monde, ou du Nouvel Obs (on a bien le droit de rêver), décrivant par a+b que la sécurité sociale appauvrit les français, ce qui est un fait objectif, réel, documenté, prouvé par les chiffres. Cela doit être trop leur demander. A contrario, tous les media traditionnels annoncent un charlatan français président de facebook sans aucun travail de vérification.

Wikipedia en prend aussi pour son grade. L’information y serait indigente ou orientée. Mais ils devraient comparer un instant avec la version anglo-saxonne, bien plus fournie, cela se comprend pour des raisons évidentes de nombre d’intervenants, mais aussi bien plus neutre. Entendre des apparatchiks de la république française tenant le haut du pavé de la vie intellectuelle française, critiquer le niveau intellectuel dans notre pays, ce dont ils sont à divers degrés responsables, est assez remarquable. L’hôpital qui se moque de la charité.
Monsieur Julliard, dont le silence coupable presque tout le long de l’émission sous-entend la plus grande des méconnaissances sur le sujet, ne peut s’empêcher de citer l’apparatchik Jeanneney et son livre sorti il y a environ deux ans – on devrait je pense pouvoir trouver des analyses pertinentes de l’Internet depuis ce temps – contre Google, qui menacerait, nous tremblons tous de peur, de contrôler l’information. C’est que Monsieur Julliard, de par le prisme idéologique qui l’anime depuis une quarantaine d’années, n’a toujours pas pris connaissance des notions économiques de base que sont le principe de concurrence dans un marché libre et ce qu’il engendre comme répercussions positives en terme de contrôle des entités – principe qui est pourtant à la base de la recherche scientifique. Cela montre à quel point Monsieur Julliard a progressé dans ses idées et sa vision de la société pendant toutes ces années de réflexion aigue en tant qu’intellectuel renommé. Car Monsieur Julliard ne perçoit pas la différence qu’il y a entre une société privée soumise à la concurrence du marché, et un état jacobin ultra centralisé qui n’a de comptes à rendre à personne.

Monsieur Rabilloud sauve son émission à la fin, en établissant le constat d’une France déprimée, dont la capitale est bardée de CRS le soir du réveillon de la Saint-Sylvestre, alors que les autres capitales fêtent le passage à la nouvelle année dans des feux d’artifices extraordinaires. Mais entendre Monsieur Julliard approuver cette analyse laisse songeur, lui qui, par son engagement socialiste de tous les instants, a lutté pour construire cette société déstructurée de violence.

Temps sarkozystes

Notre religion de la cinquième République française est fondée sur un calendrier quinquennal à dates fixes, dont les plus importantes sont la fête nationale du 14 juillet et les élections de début mai.
Le concile sarkozyste, actuellement en cours, vient d’instituer une nouvelle messe: la conférence de presse trois fois par an. Elle répond à un besoin impératif de type médiatique, tel, cas d’école, une baisse de popularité.

Le calendrier républicain est cyclique, quinquennal depuis l’an 2000, mais il est aussi linéraire à tendance descendante perverse, en ce qu’il s’enfonce toujours plus dans le communisme réel et la dictature, sous couvert de social-démocratie.
Néanmoins, le caractère linéaire parait ne pas être illimité: La survenance de crises sociales, émeutes, rébellions, à échéance irrégulière, semble soumettre le calendrier républicain à la Loi d’escalade éristique.

La date la plus importante du calendrier dans sa modalité linéaire descendante est le 1er janvier de chaque année. C’est la période habituelle où se mettent en place les politiques de type communistes, hygiénistes, limitatrices de la liberté de l’individu. Les meilleurs exemples en sont les interdictions de fumer dans les lieux publics, augmentations du prix du tabac, ou les mesures restrictives de prévention routière.

Le calendrier n’est pas rigide. Il s’adapte à la conjoncture. En cela, il est un pragmatisme. Des messes uniques où le Président intervient et parle, commandées par l’actualité immédiate, peuvent être décidées pour faire face à des difficultés non prévues. Leur forme est soumise à variations. Conférence de presse géante comme celle de ce matin, discours unilatéral, interview sur plateau télévisé, débats avec quelques journalistes dans son bureau.